Défilé de la St-Patrick 2010

Publié le Samedi 20 mars 2010

Décès au défilé de la Saint-Patrick

MAUVAISE PLANIFICATION OU ACCIDENT?

Décès au défilé de la Saint-Patrick

MAUVAISE PLANIFICATION OU ACCIDENT?

Benoît Bilodeau

Président de Les trois producteurs, chargé du cours La logistique des événements culturels à HEC Montréal et formateur à l’Institut de l’Événement (IdÉ).

Plusieurs organisateurs d’événements ont été ébranlés par le décès d’un jeune homme lors du défilé de la Saint-Patrick de cette année présenté le dimanche 14 mars dernier.  Bien qu’une enquête de police soit présentement en cours,  il semble pertinent de se questionner : un tel événement aurait-il pu être évité ou s’il s’agit vraiment d’un accident contre lequel rien de pouvait être fait?

Voyons d’abord les faits.  Lors du défilé, un jeune homme en état d’ébriété accompagné d’un ami monte sur un des fardiers en mouvement utilisé dans le défilé.  L’un d’eux glisse et se retrouve sous les roues du véhicule,  il meurt violemment.

Un des rôles du promoteur est d’assurer la sécurité du public et des participants, donc d’établir des scénarios de gestion des risques et de prendre les mesures nécessaires pour les mitiger.  Mais quels sont-ils dans ce cas, et surtout, comment y répondre?

D’abord, on doit connaître le public qui assiste.  L’événement présent s’adresse à toute la famille mais nous savons qu’une partie de ce public fait consommation d’une forte quantité d’alcool autant dans les bars du centre-ville que sur le domaine public, interdite par règlement municipal.  Quels sont les rôles respectifs du promoteur et du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) pour faire respecter ce règlement?  Convenons ici que la réponse n’est pas simple.  On a récemment vu, lors des Jeux de Vancouver, que l’interdiction de consommer de l’alcool était précédée d’une interdiction de vente d’alcool lors de certains matchs de hockey d’Équipe Canada.  Cette interdiction a été jugée nécessaire par les services publics pour éviter des incidents malheureux.   Devrait-on appliquer le même règlement pour ce défilé à Montréal?  Pas nécessairement, toutefois il semble bien que la personne décédée présentait des signes d’état d’ébriété,  d’où l’importance d’assurer une vigilance à ce niveau.  Il n’en demeure pas moins que quiconque désirait monter sur un des fardiers aurait pu le faire, état d’ébriété ou non.

Une autre façon de prévenir les risques en événement, est d’établir des scénarios basés sur des expériences passées. Encore une fois, dans le cas qui nous occupe, rappelons qu’en 2002 un individu avait eu les jambes broyées sous les roues d’un fardier.

L’utilisation de ce genre de fardiers pose un risque important.  Devons-nous absolument utiliser de tels véhicules lourds?  Quelles mesures peuvent être prises pour assurer la sécurité des participants et du public en de telles circonstances?  Deux choix s’offrent au promoteur, l’installation d’éléments physiques (clôtures ou barrières) et/ou un contrôle par l’humain, soit l’affectation d’une équipe de sécurité dans le défilé.

Pour la protection des participants, des garde-corps avaient été installés sur les plates-formes des fardiers pour éviter une chute ou un accident.  Cette mesure de protection est généralement efficace.

Pour ce qui est de la sécurité du public, des barrières de contrôle de foule ont été installées sur quelques centaines de mètres au départ et à la fin du parcours. Entre ces deux points du trajet, rien.  Pourquoi ce choix ? Qui a planifié cette installation et pour quelle raison?  Avait-on des données précises de concentration du public au début et à la fin du parcours et non au centre?

Cependant, une installation sur tout le parcours demande beaucoup de matériel.   Un trajet de 1,8 km, deux côtés de rue, soit 3,6km de barricades, à transporter, installer et démonter, en plus de toutes celles nécessaires aux fermetures de rues, nous convenons que cela signifie des investissements importants en temps, en ressources humaines et en argent. L’installation de barricades sur tout le parcours, pour cet événement comme pour un autre, est une solution possible mais nous ne croyons pas qu’elle soit la meilleure.

Regardons donc au niveau du personnel de sécurité.  La fermeture des rues du centre-ville requiert un nombre important de personnel pour le promoteur et le SPVM.  On peut par contre se demander où était la sécurité sur le parcours.  Pourquoi n’y avait-il pas de bénévoles ou personnel d’une agence de chaque côté des fardiers?  Est-ce que le promoteur manquait de ressources, humaines ou financières, ou les gens affectés à  la  planification n’ont pas jugé opportun d’y affecter du personnel et ce, même après l’accident de 2002?  Est-ce que ce personnel  aurait pu éviter le malheureux accident, ou tout autre type d’accident du même type (par exemple, un enfant voulant traverser la rue)? Nous croyons que oui car cette méthode a été  utilisée avec succès par le passé.

Il demeure l’évaluation de besoins pour remplir cette tâche.  Une quarantaine d’agents ou bénévoles auraient été requis car on parle ici d’une vingtaine de chars (nous n’avons pu vérifier s’il s’agissait entièrement de fardiers, mais nous assumons que oui).   L’organisation du défilé mentionne plus de quatre mille (4000) participants, nous estimons nos besoins à quarante personnes (40), 1% des effectifs.  Dans le cas d’un manque de bénévoles, à coût donc très faible, l’organisation aurait pu se tourner vers une agence de sécurité privée.  Hors, quarante agents, chacun pour quatre heures de travail (le défilé durait environ deux heures, une heure trente de briefing et d’assignation de tâches et trente minutes de bilan, soit un total de 160 heures de travail à un taux moyen de 18$ l’heure (selon l’agence retenue), soit un total de moins de 3000$.  Nous devrions ajouter un moyen de communication pour assurer une bonne coordination et assurer une réaction rapide en cas d’urgence entre la moitié des agents (20)et les chauffeurs de fardier (20), un talkie walkie par exemple, soit un montant supplémentaire d’environ 700$, donc nous estimons que pour 3700 $, ce malheureux accident aurait eu de grandes chances d’être évité.  Nous ne pourrions retenir un argument de manque de moyens financiers de la part du promoteur pour un montant relativement bas considérant l’ampleur de l’événement.

Il est donc du devoir de tout organisateur de bien planifier son événement et d’évaluer les risques inhérents à sa présentation.  Un accident est toujours de trop…

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